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GestionLecture de 6 minPar Alex Caron

Une voiture volante pour aller à l’épicerie : les fonctions dont votre PME n’a pas besoin

Le 15 octobre, Tesla a présenté son nouveau Roadster, une voiture qui vole. Enfin, presque : grâce à des propulseurs à gaz froid inspirés des fusées de SpaceX, elle s’est élancée dans les airs, a fait un tonneau par-dessus cinq autres véhicules et s’est posée en douceur. Le rêve des dessins animés du samedi matin, en vrai.

C’est spectaculaire. Mais posez-vous la question honnêtement : en avez-vous besoin pour aller chercher du lait un mardi soir? Ce qu’il vous faut, c’est une voiture qui démarre en janvier, qui a de la place pour les sacs et qui ne coûte pas une fortune à entretenir.

Je vois exactement le même dilemme dans les projets logiciels des PME.

Chaque projet a sa voiture volante

Au début d’un projet, les idées spectaculaires arrivent vite : un tableau de bord animé, une application mobile, de l’intelligence artificielle partout, des rapports pour chaque situation imaginable. Sur papier, chacune semble raisonnable. Dans une présentation, elles font toutes leur effet.

Pendant ce temps, l’équipe ressaisit encore les commandes deux fois, cherche la dernière version d’une soumission dans ses courriels et calcule les prix dans un fichier Excel que seule une personne comprend. Le gain réel est presque toujours dans le quotidien, pas dans l’exceptionnel.

Ce que coûte une fonction qui vole

La version du Roadster qui fait des cascades n’a qu’une place et n’est pas autorisée sur la voie publique. Spectaculaire, mais peu pratique. Une fonction logicielle impressionnante, c’est pareil : elle ne coûte pas seulement le temps de la construire. Elle se paie plusieurs fois.

  • Au développement : plus de cas à prévoir, plus d’écrans, plus de tests.
  • À la formation : chaque option de plus est une chose de plus à expliquer et à oublier.
  • À l’entretien : tout ce qui existe doit être mis à jour, corrigé et vérifié, même ce que personne n’utilise.
  • En délai : pendant qu’on construit ce qui vole, ce qui roule attend.

Un logiciel avec deux fois moins de fonctions, mais utilisé chaque jour par toute l’équipe, rapporte plus qu’un outil complet que personne n’ouvre.

La voiture pour faire l’épicerie

Pour une PME, la « voiture de tous les jours » ressemble souvent à ceci :

  • une information saisie une seule fois, puis réutilisée partout : soumission, commande, facture;
  • des prix et des règles calculés automatiquement, sans dépendre de la mémoire de quelqu’un;
  • une liste claire de ce qui est à faire, en retard ou en attente;
  • des données qu’on retrouve en quelques secondes plutôt qu’en fouillant des dossiers.

Rien de tout ça ne fera le tour du monde en vidéo. Mais c’est ce qui libère des heures chaque semaine.

Trois questions avant de faire décoller une idée

  • Combien de fois par semaine? Une tâche faite cinquante fois par semaine mérite plus d’attention qu’un rapport consulté une fois par année.
  • Qu’arrive-t-il si on ne le fait pas? Si la réponse est « rien de grave », ça peut attendre une deuxième version.
  • Qui l’a demandé? Une demande qui vient de l’équipe qui fait le travail pèse plus qu’une idée vue dans une démo.

Ce tri se fait idéalement avant d’écrire une ligne de code. L’article sur le cahier des charges explique comment le préparer, et celui sur le coût d’un logiciel sur mesure montre l’effet de la portée sur le budget.

Voler, mais plus tard

Les idées ambitieuses ne sont pas mauvaises. Elles arrivent simplement trop tôt. Tesla elle-même ne prévoit pas produire son Roadster avant 2028. Une fois que l’essentiel fonctionne et que l’équipe l’utilise, on voit beaucoup mieux quelle fonction mérite vraiment de décoller. Souvent, ce n’est pas celle qu’on imaginait au départ.

Commencez par la voiture qui vous mène à l’épicerie tous les jours. Les propulseurs pourront s’ajouter ensuite, si vous en avez encore envie.